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Lecture///Journée de la femme
 La dernière fois où j’ai eu un corps
///Texte Christophe Fourvel///Mise en voix Anne Monfort///Avec Laure Wolf///
Lundi 8 mars à 19h30 au Granit / entrée libre
En partenariat avec l’association Le Mouvement du Nid, la Ligue des droits de l’Homme et avec le soutien de la Ville de Belfort

Ce texte est né de quelques rencontres et d’une grande audace. Les rencontres sont celles que j’ai pu faire au sein de l’association Le Mouvement du Nid. Nous avons discuté de ce que la prostitution laissait deviner d’elle-même à travers les ombres portées de quelques destins, les mots que certaines femmes voulaient bien livrer, les silhouettes, les regards, les fatigues que la rue, la nuit, affichait.
L’audace fut pour moi, dans un deuxième temps, d’endosser un « je » qui est celui d’une femme prostituée. J’ai imaginé ce travail d’écriture comme un geste d’accompagnement, le bras que l’on prête à un corps meurtri, engagé dans une marche qu’il ne peut plus réaliser sans notre aide. À chaque fois que cette femme devenue le personnage de mon monologue trébuchait, je puisais dans mes notes une phrase, un mot, une intuition qui m’avait été confiés par les gens du Mouvement du nid pour la retenir. C’est ainsi que j’ai vécu l’écriture de ce texte : comme une manière d’aider quelqu’un qui ne pouvait plus avancer et que la langue seule empêchait de chuter.
Tout le long de cette déambulation claudicante, de cette « marche-écriture à deux », une question demeurée pour moi sans réponse n’a jamais cessé de faire entendre sa désolante musique : la prostitution organisée, est-elle un avatar de l’esclavage, de la domination masculine, de l’exploitation économique ou sa nature « sexuelle » lui confère-t-elle un caractère unique, au-delà de tout autre asservissement ?
La question finit aussi par occuper l’esprit de celle à qui j’avais choisi de donner la parole : une femme albanaise, déposée un jour sur les trottoirs d’une ville française du bord de mer.
Christophe Fourvel

L’auteur remercie Marie-Claire, Arlette, Christine, Céline, Geneviève, André, Philippe et Jean-Pierre de l’association Le Mouvement du Nid.

Christophe Fourvel est né en 1965 à Marseille. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages parmi lesquels Portraits de femmes magnifiques (Éditions L’Escampette) Dumky, Des hommes (La Fosse aux Ours) Journal de la première année, Anything for John et Montevideo, Henri Calet et moi (La Dragonne) Les Balais d’Irina (La Cabane sur le chien). Il collabore régulièrement avec différents artistes, comme la danseuse/chorégraphe Geneviève Pernin, le photographe Lin Delpierre, l’illustratrice Corinne Salvi ou la plasticienne Stéphanie Radenac.