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Théâtre

Le silence des communistes
Spectacle créé au Festival d'Avignon 2007
Textes d'après Vittorio Foa / Miriam Mafai / Alfredo Reichlin
Traduction et mise en espace Jean-Pierre Vincent
Mercredi 26 à 20h30, jeudi 27 à 19h30, vendredi 28 à 20h30, samedi 29 à 19h30 et dimanche 30 Novembre à 17h00
Durée 1h30
à la Coopérative

 
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REVUE DE PRESSE

Avignon, année soixante. Le Festival, avec ce Silence des communistes, semble d'emblée se placée sous le signe d'une réflexion sur l'engagement, en écho à l'esprit qui l'a fondé au sortir de la guerre et de la Résistance.

Italie, années zéro : au sortir de la guerre et du fascisme, le Parti comuniste devient l'une des principales forces politiques du pays. Dans sa grande période, un tiers des Italiens se reconnaissent en lui. Les intellectuels, les artistes marquants comme Visconti, Rosi, Strehler en sont. Puis, au tournant du siècle, le Parti communiste italien disparaît en tant que tel.

Cette disparition est à l'origine du petit livre que Jean-Pierre Vincent porte aujourd'hui au théâtre. À l'aube d'un nouveau millénaire, dix ans après la chute du mur de Berlin, un ancien syndicaliste, Vittorio Foa, prend la plume pour écrire à deux amis communistes, Miriam Mafai et Alfredo Reichlin.

À ces amis, il demande d'abord: " Pourquoi vous taisez-vous ? D'où vient ce silence des communistes italiens ? N'y a-t-il pas deux mots à dire sur le XXe siècle, les espoirs, les massacres, les réussites, les actes d'héroïsme lors de la seconde guerre mondiale, les erreurs engendrées par l'idéal communiste ? " Un échange s'engage, passionnant, embrassant les questions qui travaillent et minent la gauche européenne aujourd'hui : les relations avec l'Union soviétique, la mondialisation, l'évolution du travail...

Le Silence des communistes devient un objet de théâtre quand le grand metteur en scène italien Luca Ronconi a l'idée d'en faire un spectacle et de le jouer aux Jeux Olympiques de Turin, en 2006, lui donnant ainsi un large écho.

C'est là que Jean-Pierre Vincent, qui assiste à la représentation, a l'idée de lui donner une version française. La situation italienne, pourtant, n'est pas directement superposable à l'histoire du PCF. Mais la force de la chose tient ici à ce qu'il s'agit d'une parole intime et libre, faisant montre d'un véritable effort d'honnêteté et de lucidité - une parole qui, sans doute, ne pourrait pas se tenir dans un contexte strictement politique.

Le cadre théâtral que lui donne Jean-Pierre Vincent prend là toute son importance, dans son apparente modestie : en remettant cette parole intime, tenue entre amis mais néanmoins construite, dans un cadre collectif. Celui du théâtre justement, qui joue ainsi pleinement son rôle dans la cité.

Cette modeste affichée recouvre une grande justesse d'approche. Le cadre dans lequel ce Silence des communistes se fait entendre, d'abord : un nouveau lieu du festival, la salle de Champfleury, au-delà des remparts. Une salle polyvalente aux couleurs des années 1950-1960, avec grande fresque dans l'escalier, où l'on imagine qu'ont pu se tenir nombre de réunions de cellule dans un "décor" semblable à celui que l'on découvre sur la scène : des chaises en plastique et une longue table jonchée de papiers.

Sans esbroufe, Jean-Pierre Vincent convoque ainsi toute une mémoire collective, comme il la convoque dans les corps de ses trois acteurs, plus que formidables : Giglio et Charlie Nelson, qui nous conduisent doucement d'une rive à l'autre, de ce passé-là à la nécessité de penser l'étrange et l'opaque aujourd'hui.

Fabienne Darge
Le Monde
10 juillet 2007