Le Qawwali
Le qawwali est une forme musicale syncrétique de l'islam hétérodoxe (on nomme ainsi les doctrines non orthodoxes des soufis, un groupe d'ascètes et de mystiques) en Asie du Sud. Le terme qui est dérivé de l'arabe qaul (dire, credo, parole) désigne à la fois un genre musical de l'Inde et du Pakistan et sa manifestation. Chant religieux destiné à véhiculer le message de la poésie soufie, le qawwali est interprété par un ensemble de musiciens professionnels de sexe masculin (les qawwal) variant de 3 à 13 personnes.
Polyculturel par principe, le qawwali, qui est né en grande partie du besoin de trouver un outil de communication musicale, est capable de réunir les populations locales polyglottes polythéïstes autour de ce nouveau message d'unicité, résulte de la fusion d'éléments poétiques et philosophiques originaires de l'Iran et de l'Asie Centrale et d'éléments musicaux empruntés pour la plupart à la tradition de l'Inde du Nord. A vocation essentiellement populaire, les missionnaires soufis trouvèrent dans les populations locales, majoritairement issues des basses castes, une audience réceptive à ce message d'amour.
Le qawwali se caractérise musicalement par l'usage de voix fortes faisant alterner solo et chur, répétitions et improvisations, par le soutien vigoureux des tambours et de claquements de mains et par l'intégration continuelle d'éléments étrangers à la structure originelle (citations poétiques ou musicales) dans le souci de soutenir l'impact du mot sur les auditeurs et d'éveiller en eux, par connotations, une émotion mystique pouvant aller jusqu'à l'extase.
Ainsi, par l'acte d'écouter, le chanteur cherche-t-il à resserrer ses liens avec son guide spirituel vivant, avec les saints défunts et finalement avec Dieu et à exprimer, dans la limite des conventions sociales et religieuses, les états engendrés par son amour mystique. Les musiciens pour leur part, cherchent à activer et renforcer ces émotions et structurent leurs performances en s'adaptant constamment aux besoins des auditeurs. En conséquence, un même qawwali peut durer de deux minutes à plusieurs heures selon les circonstances.
Le qawwali commence habituellement par un prélude instrumental à l'harmonium (naghma), suivi d'un sonnet (ruba'i) interprété par le soliste (mohri) dans le style du récitatif, sans percussion, enchaînant directement dans le chant proprement dit : un poème mystique de structure strophique qui sera repris par tout le groupe des qawwal et donnera son nom à l'ensemble de la composition.
Il faut ajouter aux particularités du qawwali panjabi, un penchant très marqué pour les effets de toutes sortes, témoignant de la spontanéité créatrice des interprètes souvent starifiés et assurant un impact immédiat sur l'audience. En effet, il n'est pas rare qu'un même qawwali fasse entendre à la fois des tans (roulades), des onomatopées et des schémas musicaux complexes habituellement réservés à la musique classique, rappelant ainsi ses racines classiques et populaires.
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