REVUE DE PRESSE
Grand classique de 1636, le Cid obtint un succès foudroyant dans toute l’Europe. Corneille ajoute une dimension nouvelle au théâtre français, l’aspect politique. La France traverse une période difficile ; elle repousse les armées espagnoles menaçantes ; elle est décimée par la mort en duel de 8000 gentilshommes entre 1598 et 1606. Richelieu et Louis XIII interdisent formellement le duel qui sera puni de la peine de mort.
Dans le Cid, le Roi Don Fernand s’oppose au duel qui affaiblit l’autorité judiciaire, aussi la position de Rodrigue, chargé par son père Don Diègue de venger son honneur est-elle dramatique puisqu’il tue le père de Chimène, un héros valeureux du royaume. Rodrigue n’aura d’autre issue que d’abandonner sa tête et offrir son sang à celle qu’il aime.
Mais Don Diègue, l’instigateur de cette tragédie, saura renverser le cours du destin et permettra la victoire de Rodrigue sur les Maures. Ce fait glorieux lui vaudra le pardon du roi et l’amour inconditionnel de Chimène malgré ses demandes de vengeance.
La superbe mise en scène d’Alain Ollivier éclaire d’un jour nouveau l’aspect politique du Cid où le duel est bien plus complexe que la vengeance de l’honneur bafoué. C’est le symbole de l’autorité monarchique qu’il détruit. C’est aussi cet aspect politique qui va bouleverser la vie de Chimène et de Rodrigue.
Il faudrait citer tous les excellents comédiens choisis par Alain Ollivier, notamment Bruno Sermonne en Don Diègue, John Arnold, le roi de Castille, Irina Solano, l’infante de Castille et les deux jeunes et talentueux Thibaut Corrion en Rodrigue et Claire Sermonne en Chimène.
Les costumes et les éclairages sont magnifiques.
Courez à Saint Denis. Petit chef d’oeuvre à ne pas rater, surtout qu’il s’agit de la dernière mise en scène d’Alain Ollivier qui nous quitte et que nous regretterons beaucoup.
EXIT PARIS N°36
Un long parquet de bois brut, des murs de lambris patinés, découpés de trois portes. C'est tout. Toute l'action du Cid se déroule en format Cinémascope, dans une absence de décor et d'artifices où se détache la magnificence de costumes Louis XIII aux tissus précieux. La pièce de Pierre Corneille (version de 1660) éclate dans toute sa splendide beauté: simplicité des entrées et sorties, pureté des alexandrins, timbre des voix, élégance de la moindre attitude, grâce des interprètes, fluidité du rythme, sobriété du jeu, proximité des personnages, tout est harmonie limpide, perfection. Rodrigue - Thibaut Corrion, une révélation - a la fougue de la jeunesse, l'allant, la poésie. Le couple qu'il forme avec Chimène - Claire Sermonne - dégage une noblesse et une séduction profondes. Ils font résonner l'honneur, la grandeur, l'amour.
C'est un magnifique cadeau d'adieu d'Alain Ollivier avant son départ du Théâtre Gérard-Philipe.
Jdd.fr
Le Journal du dimanche au quotidien
21-10-2007
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