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© v.beaurin  

Quichotte 
À partir de l'Ingénieux hidalgo don Quichotte de la Manche de Miguel de Cervantes
Traduction Aline Schulman

un spectacle de Didier Galas
création le vendredi 29 avril 2005 au Théâtre de la Licorne, Cannes

 

Didier Galas n'en est pas à sa première mise en scène du « Don Quichotte ». Nous nous sommes connus à Caracas où il montait un spectacle intitulé « Fiction / Quichotte ». J'avais été impressionnée par sa manière tout à fait inattendue, novatrice de restituer la verve de  Cervantès sans même avoir à se servir du texte de Cervantès : leitmotiv de gestes et d'attitudes, utilisation des corps et des masques à la manière de la commedia dell'arte. Cela donnait aux personnages de don Quichotte et Sancho l'éclairage lucide, grotesque et implacable du mimodrame. Mis à part un long monologue, où  la parole seule était en scène et les corps s'effaçaient, immobiles, les répliques se réduisaient à quelques interjections, à quelques mots, à peine des phrases, pour donner à entendre un message autrement transgresseur que l'idéalisme romantique ou messianique dont on affuble don Quichotte de nos jours. Moi qui venais de passer sept ans à traduire le roman de Cervantès, je retrouvais là une vitalité, une liberté du rire et de l'insulte, qui avaient guidé mon propre travail de désacralisation de cette œuvre mythique, d'autant plus forte et parlante aujourd'hui qu'on lui rend son caractère ludique et caustique.

Dans la mise en scène que Didier Galas nous propose aujourd'hui, il va jusqu'au bout des intuitions qui avaient guidé son premier spectacle, avec en plus, une

nouvelle modalité du rapport texte-scène-acteur : l'improvisation. Tout en restant soigneusement, presque scrupuleusement orchestrée, celle-ci permet aux cinq acteurs, ou plutôt à cinq corps mêlés, se lâchant, s'expulsant, s'interchangeant, de reconstituer, bien au-delà des mots qui interviennent comme de simples interjections, des scènes entières du « Don Quichotte ». Dans l'innocence originelle. Dans la création pure de l'acte à son commencement. Dans une monstruosité inattendue : ces corps étrangement imbriqués, on les croirait parfois sortis d'un tableau de Jérôme Bosch. C'est dire si ces improvisations soulignent le caractère dévastateur du texte de Cervantès qui, sous couvert d'enchantements, fait un sort aux

mensonges et perfidies qui constituaient la morale de son époque. En contrepoint de ces improvisations, viennent s'insérer des scènes traitées de manière plus « classique », et parfois même « réaliste », comme la dernière. Didier Galas laisse alors la primauté au texte, dont les qualités théâtrales (Cervantes, fut aussi, un grand dramaturge) s'affirment et permettent à ces mêmes acteurs de donner, dans un autre registre, toute leur mesure.

Spectacle novateur donc, spectacle nourri d'une réflexion extrêmement mûre tant sur la liberté qui fonde le roman de Cervantès que sur l'exploitation scénique d'une liberté de l'acteur. La nouvelle mise en scène de Didier Galas est une mise en abyme du « Don Quichotte ».

Aline Schulman


© C.Beaurin

Le " Quichotte ", voilà un mythe qui me captive depuis déjà plusieurs années. À l'occasion d'une recherche sur l'improvisation (avec une promotion de jeunes acteurs de l'ERAC), j'ai eu le désir d'entreprendre un nouveau spectacle à partir du roman de Cervantès. L'improvisation corporelle, par la puissance d'invention et les possibilités de ruptures de jeu qu'elle offre aux acteurs me parut un moyen fructueux pour aller " au cœur " du Quichotte et en explorer l'univers ludique et corrosif. Un procédé purement théâtral pour rendre compte sur la scène, par le seul jeu des acteurs, de ce doute fondamental sur le réel, que suscite l'écriture de Cervantès.

 

Dans le spectacle, chaque acteur, chaque actrice, peut être don Quichotte, Sancho ou un moulin ; et les rôles peuvent glisser de l'un à l'autre. Ces glissements d'incarnations sont notre moteur pour rendre compte scéniquement des hallucinations d'Alonso Quijano et des doutes sur la réalité que suscite le roman. Le spectateur doute de ce qu'il voit : il se retrouve " dans la tête " du Quichotte.

La technique de jeu que nous utilisons, faite d'improvisation et de " glissements d'incarnations ", requiert un corps entraîné et disponible. Jean-Charles Di Zazzo (chorégraphe) aide chaque comédien à développer ses moyens corporels et à préciser son vocabulaire gestuel.

Le texte nous a conduit à explorer également d'autres styles de jeu, narratifs ou réalistes, qui prennent appui sur un travail plus spécifiquement vocal et qui font entendre la force de l'écriture de Cervantès.

La distribution se compose de cinq acteurs ; le texte est celui de Miguel de Cervantès, dans la traduction française d'Aline Schulman, avec l'aide de qui j'ai réalisé l'adaptation du roman.

L'éclairagiste  Eric Gaulupeau a conçu les lumières du spectacle. Vincent Beaurin (artiste-plasticien) a réalisé les costumes et la scénographie qui offrent un appui esthétique au jeu des acteurs.

Ce spectacle est le fruit d'une maturation en plusieurs étapes sur " Don Quichotte ". Il s'adresse autant à ceux qui ont lu le roman qu'aux autres, plus nombreux, qui ne l'ont pas lu, mais qui n'ont pas échappé au mythe et aux images qui entourent le chevalier à la triste figure.

Didier Galas


saison
09-10