Le " Quichotte ", voilà un mythe qui me captive depuis déjà plusieurs années. À l'occasion d'une recherche sur l'improvisation (avec une promotion de jeunes acteurs de l'ERAC), j'ai eu le désir d'entreprendre un nouveau spectacle à partir du roman de Cervantès. L'improvisation corporelle, par la puissance d'invention et les possibilités de ruptures de jeu qu'elle offre aux acteurs me parut un moyen fructueux pour aller " au cœur " du Quichotte et en explorer l'univers ludique et corrosif. Un procédé purement théâtral pour rendre compte sur la scène, par le seul jeu des acteurs, de ce doute fondamental sur le réel, que suscite l'écriture de Cervantès.
Dans le spectacle, chaque acteur, chaque actrice, peut être don Quichotte, Sancho ou un moulin ; et les rôles peuvent glisser de l'un à l'autre. Ces glissements d'incarnations sont notre moteur pour rendre compte scéniquement des hallucinations d'Alonso Quijano et des doutes sur la réalité que suscite le roman. Le spectateur doute de ce qu'il voit : il se retrouve " dans la tête " du Quichotte.
La technique de jeu que nous utilisons, faite d'improvisation et de " glissements d'incarnations ", requiert un corps entraîné et disponible. Jean-Charles Di Zazzo (chorégraphe) aide chaque comédien à développer ses moyens corporels et à préciser son vocabulaire gestuel.
Le texte nous a conduit à explorer également d'autres styles de jeu, narratifs ou réalistes, qui prennent appui sur un travail plus spécifiquement vocal et qui font entendre la force de l'écriture de Cervantès.
La distribution se compose de cinq acteurs ; le texte est celui de Miguel de Cervantès, dans la traduction française d'Aline Schulman, avec l'aide de qui j'ai réalisé l'adaptation du roman.
L'éclairagiste Eric Gaulupeau a conçu les lumières du spectacle. Vincent Beaurin (artiste-plasticien) a réalisé les costumes et la scénographie qui offrent un appui esthétique au jeu des acteurs.
Ce spectacle est le fruit d'une maturation en plusieurs étapes sur " Don Quichotte ". Il s'adresse autant à ceux qui ont lu le roman qu'aux autres, plus nombreux, qui ne l'ont pas lu, mais qui n'ont pas échappé au mythe et aux images qui entourent le chevalier à la triste figure.
Didier Galas