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Théâtre en appartement
Next Door (La fille d'à côté)
Texte et mise en scène Anne Monfort
Du 10 au 14 mars et du 31 mars au 9 avril
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NOUS VOUS PROPOSONS UNE NOUVELLE FORME DE THÉÂTRE EN APPARTEMENT : L’ÉQUIPE D’ANNE MONFORT VA RÉSIDER PENDANT PLUSIEURS SEMAINES DANS DEUX QUARTIERS DIFFÉRENTS DU TERRITOIRE GRÂCE AU PARTENARIAT DE TERRITOIRE HABITAT. LE SPECTACLE SE JOUERA DANS DEUX APPARTEMENTS À BELFORT ET À DELLE. NOUS VOUS PRÉVIENDRONS PAR COURRIER DU LIEU EXACT DE LA REPRÉSENTATION.
| Conception et mise en scène |
Anne Monfort |
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| Avec |
Solène Froissart
Yann Lheureux |
| Scénographie |
Cécilia Delestre |
| Son |
Baptiste Tanné |
| Lumière |
Cécile Robin |
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Next door sera un laboratoire qui nous permettra d’articuler nos différents media : le texte s’écrira en même temps que l’univers sonore et spatial. La forme de l’appartement nous a donné envie de partir d’une même contrainte posée à la scénographe, au créateur sonore, au créateur lumière et au metteur en scène-auteur : que se passe-t-il de l’autre côté du mur ? Et au-delà de cela, qu’est-ce qui me différencie de mon voisin ? Qu’est-ce qui m’individualise ou, à l’inverse, me dépersonnalise ? Comment articuler l’individu et le collectif ? C’est le paradoxe d’aujourd’hui : on est dans une société du « moi-je » alors que nos conduites ne cessent de s’uniformiser et de se synchroniser toujours plus. A l’ère de l’individu avec un grand I, j’aimerais m’interroger sur la banalité et sur son incarnation scénique. L’habitat, et surtout l’habitat d’aujourd’hui pose la question de la singularité de façon prégnante : qu’est-ce qui me différencie vraiment de mon voisin ? à part mon numéro de sécurité sociale ? Est-ce que je peux formuler une phrase commençant par « moi je » en étant sûr d’être le premier à la prononcer ?
D’où l’envie de s’approprier la contrainte du théâtre en appartement pour développer des éléments qui nous interrogent artistiquement, dans le processus théâtral depuis plusieurs spectacles– l’adresse directe, la proximité des acteurs et du public, réunis dans la construction de la forme. Le fait de convoquer les spectateurs dans un lieu qui n’est pas théâtral (l’appartement), faussement familier, rend étranger ce qui est habituel, du moins, en apparence. C’est une manière de s’interroger sur nos modes de vie. D’ailleurs, le spectacle commencera probablement par une vraie-fausse conférence sur l’habitat.
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Ces questions m’ont donné envie de convoquer différents écrits, les textes d’Ulrike Meinhof sur la dépersonnalisation et sur le processus de l’isolement : comment, entre quatre murs, un individu se dissout ou se renferme de façon solipsiste ou protectionniste. L’isolement provoque la sensation de se dissoudre, d’être poreux, de devenir comme l’autre, paradoxe d’autant plus grand que l’action collective et la structure de la guérilla vise à abolir les différences. L’individu dans ces quatre murs, c’est aussi une façon de réinterroger la fiction théâtrale. Dans ce contexte, qu’est-ce qu’un « je » au théâtre ? Un acteur peut endosser plusieurs rôles, un personnage peut se répartir entre plusieurs voix. On aurait toujours pu être un autre ; le théâtre autorise à prendre en charge la vie de l’autre, forcément plus intéressante. Pour incarner ces entités, ces figures qui essaient de se constituer comme personnage, A et B, un homme et une femme. Car malgré tout, une des différences irréversibles au départ de chaque individu c’est d’être homme ou femme, et d’appartenir à telle ou telle classe sociale.
La figure scénographique du mur, en béton ou en cellophane, questionne cette porosité : la pièce d’à côté contamine les personnages, jusqu’à entrer dans leur vie, jusqu’à devenir leur vie. Ce qu’ils imaginent de la pièce d’à côté les contamine jusqu’à entrer dans leur vie. La fiction que j’invente devient réelle et hallucinatoire. A quel moment le réel bascule-t-il en fictionnel ? Pour parler d’amour, est-on obligé de rentrer dans la fiction ? Nous n’avons plus de scénario de vie dans un environnement professionnel et social sur-flexibilisé. Et pourtant nous avons besoin de convoquer le drame, la fiction, pour continuer à se projeter dans nos vies. Next door tente de raconter cette contamination de la vie et de la fiction en partant d’une situation très simple : comment, à partir de quelques bruits et des regards croisés, on peut imaginer la vie de nos voisins ? Comment la vie de nos voisins peut contaminer la nôtre ?
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D’où l’envie d’une méthode de travail un peu inhabituelle, en venant travailler dans des appartements vides, en lien avec les habitants, de leur poser ces questions sur l’individu, le mode de vie, leur appartement. Un questionnaire pourrait s’inspirer d’Espèces d’espacesde Georges Perec, qui décrit les passages d’une famille-type dans leur appartement, heure par heure, pièce par pièce. Vous serait-il possible d’imaginer une pièce qui n’ait aucune utilité ? Si, comme l’imagine Guillaume Paoli dans Eloge de la démotivation, si tout le monde se mettait à faire payer l’entrée de son appartement quand il reçoit des voisins, combien de temps pensez-vous résister ? ensuite, comment agiriez-vous pour rendre votre offre plus compétitive ? Pourriez-vous imaginer une pièce qui soit à la fois une chambre et une salle de bains ? La forme sera amenée à se modifier dans chaque appartement qui sera investi au cours de nos pérégrinations.
Anne Monfort
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