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Théâtre
We are la France
Textes Jean-Charles Massera / Adaptation et mise en scène Benoît Lambert
Mardi 2 à 19h30, mercredi 3 à 20h30, jeudi 4 à 19h30 et vendredi 5 juin à 20h30 au Granit

 

contact production :
Théâtre de la Tentative - Sophie Chesne, administratrice
7 rue Mazarin 90000 BELFORT
06 15 36 06 91
sophie.latentative@free.fr
 

 

Parce que l’époque change, les questions affluent. Chacun sent qu’il est temps d’envisager une nouvelle attitude, et de moduler ses envies et ses projets en fonction des nouvelles règles du jeu mondial. Souvent anxiogène, cette phase d’adaptation peut faire l’objet de réponses adaptées aux besoins de tous, et d’un accompagnement personnalisé à deux pas de chez vous. Pour ne pas manquer le train du changement, et ne pas se retrouver dans la peau d’un gros ringard survivant péniblement au-dessus du seuil de pauvreté, le programme We are la France traite vos questions les plus brûlantes dans une atmosphère conviviale et détendue. Comment indexer l’évolution de mes désirs sur le taux de croissance des bien et des services ? La crainte de sombrer dans la précarité a-t-elle une incidence sur mes performances sexuelles ? Dois-je consommer davantage de culture pour optimiser mon être-au-monde ? À quoi servent les maîtresses d’école à l’heure de la globalisation financière ? Aurais-je droit à un strapontin dans la France qui s’annonce ? Est-il temps de me remettre au jogging ?
Nouveau service de proximité entièrement modulable, adaptable en toutes circonstances, We are la France cherche avant tout à vous faire du bien.
Plus qu’un spectacle, We are la France c’est nouvel état d’esprit. Une manière plus français d’être sexy .
Benoît Lambert

"Petite leçon d’économie politique à l’usage de tous», selon les propres termes du metteur en scène Benoît Lambert, We are la France, conçu à partir de différents textes de Jean-Charles Massera, se présente comme une forme légère pour deux acteurs emperruqués et un téléviseur. Du vrai-faux théâtre d’intervention à installer partout, singulièrement dans les lieux d’apprentissage. Début février à Paris, les représentations prévues dans différentes facs ont dû être annulées ou rapatriées dans le foyer du Théâtre 71 de Malakoff, en raison du mouvement de grève des universités. Intitulé «Savoir quel appauvrissement de la culture nous voulons mettre en œuvre», le premier dialogue entre un dirigeant d’entreprise et une mère de famille donne le ton du type de détournement qu’affectionne Massera. La mère : «Vous avez dit à plusieurs reprises que le passage en CM2 de mon fils n’était pas industriellement efficace, pouvez-vous nous expliquer ce qui justifie une telle prise de position qui vous distingue de vos concurrents ?» Réponse du PDG Silvio Akiyoshi : «De 4 à 9 ans, sous la pression croissante de leurs actionnaires et de leurs concurrents, les marques doivent aujourd’hui construire une relation privilégiée avec l’enfant…» Un peu plus tard, les acteurs ayant quitté tabourets et accessoires s’approcheront du public pour soulever cette question cruciale : «Comment survivre en temps de paix ?»
La force de Massera, auteur entre autres d’Amour, Gloire et CAC 40, réside dans sa façon de démonter le système, en le piratant. Epousant la forme de discours-types, il avance par dérapages et emballements délirants. L’ironie féroce avec laquelle il reconsidère les grandes questions du «struggle for life» constitue un fameux grain de sable dans les rouages de la déprime ambiante. Et l’on repart le sourire aux lèvres".
Libération

textes Jean-Charles Massera
mise en scène Benoît Lambert
scénographie et images Antoine Franchet
costumes Violaine L. Chartier
régie générale Marc Chevillon
avec Marc Chevillon, Guillaume Hincky, Elisabeth Hölzle
production
Le Nouveau Théâtre de Besançon, centre dramatique national
Le Granit, scène nationale de Belfort
Le Théâtre de la Tentative

Ça parle de quoi, Massera ?
Ça parle de quoi, Massera ? De l’époque, à coup sûr. Mais en disant cela, on n’a pas dit grand-chose. Tout le monde, finalement, parle de l’époque. Les journalistes, les politiques, les publicitaires, les psychologues, les économistes, les sociologues, les philosophes, les sportifs, les chanteurs, les directeurs des ressources humaines… : autant de discours concurrents (ou complices, selon les cas) qui prétendent capter l’air du temps.
Jean-Charles Massera, lui, ne rajoute pas sa petite analyse personnelle à celles qui s’affrontent déjà dans l’espace public. On pourrait dire au contraire que tout son travail d’écriture consiste à travailler de l’intérieur les discours déjà produits, pour les faire bégayer. Massera a lancé une guérilla burlesque et dévastatrice au sein-même des langues officielles (dépêches journalistiques, mots d’ordre publicitaires, discours politiques, analyses d’experts…) en confrontant toujours le point de vue hyper-global depuis lequel elles s’élaborent (le village-monde) à la situation hyper-locale de leurs destinataires (les caissières de Mâcon, les cadres de Suresnes ou les ouvriers de Sochaux). À preuve ses titres-slogans, dans lesquels l’anglais, nouvel esperanto mondial, télescope souvent le français « bien d’chez nous » (United emmerdements of New Order, United problems of coût de la main d’œuvre, All you need is ressentir, We are l’Europe…)
Du coup, Massera démonte patiemment (et parfois violemment) nos mythologies contemporaines, et les  nouveaux dispositifs d’aliénation sur lesquels elles prolifèrent. Mais son travail ne rejoint pas pour autant les discours de dénonciation ambiants, tels que les médias les répercutent. Pour lui, il s’agit moins de dénoncer les coupables que de se demander « comment font les gens ». Car les effets d’imposition symbolique et matérielle engendrent toujours des stratégies de résistance, même ténues, même invisibles, de la part de ceux qui les subissent. Et les gens, même dominés, même écrasés, bricolent des réponses, des usages et parfois des plaisirs à partir de « toute la merde qu’la télé veut nous faire avaler ». De là cette revendication d’une esthétique du « faire avec » dans le travail de Massera, qui n’a rien à voir avec une quelconque résignation aux nouvelles règles de la domination. S’il s’agit bien de construire un discours critique sur les nouveaux dispositifs idéologiques « soft » qui envahissent tranquillement les existences, il s’agit aussi d’être attentif à des « manières de faire » à partir des environnements immédiats de nos vies. Quel air respirons-nous, et qu’est-ce que ça nous fait ? Qu’est-ce qu’on fait avec la variété, avec la pub, avec le sport, avec la télé ? Où plutôt : comment ça marche, et qu’est-ce qu’on fait avec ?

We are la France est une variation autour de l’œuvre de Jean-Charles Massera, une plongée dans son univers esthétique et conceptuel. Élaboré à partir de plusieurs textes, certains publiés (Amour, gloire et CAC 40 (P.O.L,), France guide de l’utilisateur (P.O.L,), Le Dirigeant (…)) d’autres inédits (Like a writing machine), le spectacle se présente comme une petite leçon d’économie politique à l’usage de tous. Deux acteurs, accompagnés d’un technicien et d’une télévision, viennent soulever plusieurs questions brûlantes : pourquoi nos sociétés dites « avancées » sont-elles si anxiogènes pour ceux qui y vivent ? Le travail docile et la consommation effrénée peuvent-ils constituer la base d’un monde habitable ? Quel rapport puis-je établir entre l’évolution du taux de croissance ou celle du pouvoir d’achat, et les contenus concrets de ma vie quotidienne ? Sommes-nous condamnés à rester les spectateurs passifs du grand spectacle du monde ? Comment fait-on pour survivre en temps de paix ?…
Face à des questions aussi massives, plutôt effrayantes de prime abord, la force de Massera consiste à éviter d’abord le didactisme épais d’un discours purement théorique. Par un travail constant de décalage, de déplacement, de mise à distance, de court-circuit il envisage nos misères quotidiennes avec une ironie féroce et un humour salutaire. Du coup, dans l’approche de ces questions qui hantent la sphère publique, il échappe aux discours convenus de dénonciation ou d’indignation [sur ce point, cf. ça parle de quoi, Massera ?]
Tout en prenant les aspects extérieurs d’un cours ou d’une conférence, We are la France procède par dérapages successifs, comme si le théâtre s’invitait là où on ne l’attend pas : la démonstration s’emballe, le sérieux théorique laisse la place à un enthousiasme prosélyte, ou à un complet abattement selon les moments, la télévision, censée illustrer le propos, finit par échapper au contrôle… Et les problèmes soulevés trouvent des solutions inédites, incongrues parfois, pour ne pas dire franchement délirantes. Ainsi, tout en s’efforçant de déplacer nos perceptions sur des questions  souvent trop rebattues pour être encore audibles, le spectacle questionne notre capacité intime à nous ressaisir des cadres imposés de nos existences.

 


saison
09-10