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scaphandre   Crise de Nerfs –Parlez-moi d'amour–
un spectacle de Jean Lambert-wild & Jean-Luc Therminarias

une création de la Coopérative 326

création au Festival d'Avignon 2003

 

photos du spectacle

 

Quelques mètres carrés, une chambre d'hôpital cernée par des rangées de spectateurs, un lit nourricier, une actrice-scaphandrier accompagnée d'un Chœur chante le doux découragement et l'heureuse aspiration d'être au monde.
Sous un scaphandre, rêve d'étanchéité contre les agressions intérieures et extérieures, un être à vif dérive au gré de dangers réels ou imaginés.
Relié à son lit par un tuyau vital, cordon ombilical où circulent sons, air et fluides, ce scaphandrier raconte le monde qu'il a perdu et celui qu'il ne peut aujourd'hui appréhender.
Crise de Nerfs –Parlez-moi d'amour– oppose la lutte perpétuelle d'une existence à mener et l'insatiable besoin de mots d'amour.
Ecrivain, scénographe et directeur d'acteurs, Jean Lambert-wild signe cette élégie qu'accompagne une partition musicale de Jean-Luc Therminarias.
Cette pièce s'inscrit dans le parcours commun que les deux compagnons de route poursuivent depuis Splendeur et Lassitude du Capitaine Marion Déperrier, Drumlike, Orgia ou plus récemment Spaghetti's Club.
«Je cultive l'humour du désespoir» dit Jean Lambert-wild. «Traverser en scaphandre cette vallée de larmes, c'est déjà un bon moyen de s'en sortir…».

Laure Thièry - prototype du scaphandre Marsyas - X005 (échec)

L'exuvie des naufragés

Des naufragés au regard fou marchent dans la rue.
Ils promènent leurs enfants les tenant si bien par la main que l'on ne sait plus qui guide qui.
Des hommes et des femmes dépiautés traînent, derrière eux, leur peau comme une bouée.
Épuisés, ils flottent à la surface des choses et attendent apeurés d'êtres engloutis.
Ils sont de plus en plus nombreux, bousculés par la peur, à chercher refuge entre leur chair et leur peau.
Allergiques aux moindres sollicitations intérieures et extérieures, ils se protègent comme ils peuvent, usant de toute la panoplie technique, chimique et éthique disponible, l'enrichissant au besoin.
Là, au milieu de cette double paroi, confit de solitude, ils projettent leurs images : souvenirs d'écorchures dont les apparitions les pèleront puis les effaceront.
Fantômes d'eux-mêmes, reflets amoureux de leurs reflets, ils n'ont plus à vivre ce qu'ils projettent de vivre.
Ils n'ont plus à souffrir.
Mourir n'est pour eux qu'une répétition, une accumulation enregistrée, un enfantement à reculons, une crise de nerfs muette, peureuse aux moindres battements d'ailes d'un papillon.
C'est l'un de ces naufragés que j'aimerais capturer, étudier et représenter dans son scaphandre de solitude.
En transférant leurs émotions dans des parures, ils se sont offert des carapaces d'insectes insensibles à toute beauté.
Ce sont les papillons de notre temps.
Jean Lambert-wild


Ici,
Au travers de moi
Je vois l'immensité des larmes
Accumulées dans mes pieds,
Puits qui me relient à la terre
Où j'entends les plaintes
Des plaines ombragées de mon enfance.
Là,
Nous étions deux
À glisser d'herbe en herbe
Heureux de nous battre !
Heureux de nous aimer !
Le temps ne valait rien
Tant il pesait lourd
Et comme des chiots
Nous l'enfouissions partout
Pour le perdre aussitôt.

Crise de Nerfs –Parlez-moi d'amour
extrait


saison
08-09