Aberrations du Documentaliste Ezéchiel Garcia-Romeu et François Tomsu
Un spectacle où tout est possible.
Il y est question du mystère de la création du monde...
Tout commence, tout finit dans une bibliothèque. Pas n'importe laquelle. La bibliothèque, celle où s'enferme un documentaliste, qui à force d'accumulation de savoirs divers et variés, est convaincu de pouvoir résoudre l'énigme de la création du monde. Normal, il pense avoir lu tout sur tout. Mais son parcours à la «Bouvard et Pécuchet» l'entraîne dans un désordre de «connaissances» qui n'a d'égal que le désordre de son mental.
Ses lectures sont aberrantes, illogiques, un amalgame de textes scientifiques et poétiques, dramatiques et politiques. Cependant, quelque chose d'étrange survient ; ces histoires chaotiques, par le biais d'un pouvoir mystérieux, se matérialisent dans l'étrange rêve d'une création du monde aux multiples ratés.
De ce monde peuplé de fantasmagories, les marionnettes sont les différentes créatures; elles apparaissent et disparaissent au gré des délires de notre fabuleux documentaliste. Elles en reflètent les « aberrations », en faisant voir, comme en astronomie, les choses où elles ne sont pas.
Le public est conduit à pas feutrés au coeur d'une spirale où se dresse le décor, planté dans le silence et la quiétude. Un jeu d'ombres et de transparences révèle progressivement les rayonnages d'une bibliothèque.
Cette bibliothèque possède diverses pièces secrètes inaccessibles, à peine visibles. Chaque recoin est un univers qui se dévoile. Le Documentaliste au centre du dispositif règne en maître dans ce labyrinthe du savoir. Les couloirs sinueux, les coursives poussiéreuses et dorées nous invitent à un voyage dans le monde imaginaire de ce personnage qui pense en quelques secondes résoudre l'énigme de la création du monde.
Les spectateurs sont réunis telle une assemblée d'initiés, dont le privilège serait de partager un grand secret. Le nombre limité de spectateurs, la proximité avec l'acteur et la vie des objets permettent de nous projeter dans l'infime : souffles, frémissements, gestes minuscules construisent un nouveau monde onirique.
Au centre de cette représentation, le Documentaliste, Deus ex machina, manipule sur son bureau les objets de la vie et de la mort, de l'amour, de la distance des astres, de la forme de l'univers...
Ezéchiel Garcia Romeu et François Tomsu
Spectacle de Ezéchiel Garcia-Romeu et François Tomsu AvecJacques Fornier Manipulateurs Ezéchiel Garcia-Romeu, François Tomsu, Pascale Pinamonti , en alternance Durée 1 heure Co-production Théâtre de la Massue,
Théâtre Granit - Scène Nationale de Belfort,
L'Arche - Centre d'Art et de Rencontres de Béthoncourt,
Le Nouveau Théâtre de Besançon - Centre Dramatique National,
Le Channel - Scène Nationale de Calais,
Théâtre de Nice - Centre Dramatique National,
Scènes du Jura - Théâtre de Lons-Le-Saunier
Avec le soutien de la DRAC Franche Comté et la DRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur
LE MONDE
Petit théâtre métaphysique
Une isba monumentale enfoncée dans une dent creuse du quai de la Loire à Paris. Dans l'entrée, des tables dispensent les substances apéritives propres à donner l'élan nécessaire pour s'engager dans un labyrinthe de rideaux noirs. Au débouché, les spectateurs se retrouvent le nez collé à un grillage fin, dans la position d'insectes piégés par la lumière qui émane d'une bibliothèque où sont alignées une quarantaine de chaises face à un bureau. Le silence, traversé par les vibrations métropolitaines, souterraines, terrestres et aéronautiques, est bientôt brisé par le bruit, terrible, de la chute régulière d'une goutte d'eau. D'une excroissance de tissu émerge un nez, puisant l'air, entre deux fumigations mentales.
Un globe terrestre à main gauche, le "documentaliste" a l'apparence d'un savant de convention, légèrement hébété. Il est question de création du monde, d'un fil insaisissable entre la vie et la mort, de lointaines généalogies. De sages vieillards barbichus, haut comme le doigt, surgissent de tiroirs secrets comme pour tenter de comprendre les affres du solitaire. Leurs silhouettes envoûtantes et envoûteuses, de plus en plus petites, jusqu'à n'être plus que de simples dominos, portent le cauchemar du minuscule vers la perfection. Des mains apparaissent, brandissant billes, boules, balles, dans une physique amusante du globe, qui passe, avec les marionnettes, à la métaphysique, inquiétante comme les peintures des Carra ou De Chirico. Mains coupées, multipliées, bien réelles, dégaînées comme un fer seront remisées dans une caresse de velours pour clore la visite, indipensable, du précieux cabinet de curiosités, ouvert par François Tomsu et Ezéchiel Garcia-Romeu.
Jean-Louis Perrier
03/1999
LIBERATION Le cabinet des illusions
Une fantasmagorie pour le retour de la Cabane à Paris
On traverse un labyrinthe tendu de rideaux noirs qui fait perdre tous les repères. A l'issue d'une longue marche à tâtons et supposée en spirale, on arrive face à une grande cage sertie d'un voile de gaze. Derrière lequel on discerne peu à peu les rayonnages peints d'une bibliothèque, quelques rangées de chaises et le crâne chauve d'un archiviste en frac à sa table. On nous invite doucement à prendre place à l'intérieur, face à l'homme au regard allumé, qui se fait fort, bardé de tous les savoirs accumulés, de résoudre devant nous l'Enigme de l'univers. Fébrile, exalté, il bredouille et mélange en un bizarroïde amalgame de la science et la politique, la mathématique et diverses cosmogonies, dans une langue qui déraille et verse dans les ornières de la répétition et du babil. Mais cette fausse parole déclenche de réelles fantasmagories. De sous le velours du bureau du fonctionnaire surgissent en douceur de toutes petites personnes, vibrantes, frémissantes, ou extasiées, de toutes les modulations de l'âme. Elles apparaissent et disparaissent au gré des délires de leur démiurge débordé. On entre sans effort ni effraction dans la magie blanc et noir d'Ezéchiel Garcia-Romeu et de François Tomsu. Outre le choix d'un espace intime et d'un comédien de belle patine, Jacques Fornier, fondateur du théâtre de Bourgogne, fascinant en insidieux empathique, il y a ici un art inhabituel de la manipulation. Les deux invisibles qui s'agitent sous la table animent jusqu'à l'humain les petites divinités vêtues avec une somptuosité discrète, parfois métamorphosées en objets sphériques et brillants, en évitant soigneusement, grâce à d'habiles découpages lumineux, tout effet appuyé. Les séquences sont brèves, fugitives, au point qu'on se demande si on ne les pas rêvées. Seul regret, un texte qui en rajoute un peu trop dans l'imperfection du propos, pas tout à fait à la hauteur de cet attachant cabinet des illusions retrouvées.
A.D.
03/1999
LE FIGARO Musée Calvet
Les miniatures d'Ezéchiel Garcia-Romeu
Le marionnettiste, secondé par François Tomsu, propse un voyage onirique de quarante-cinq minutes, Aberrations du documentaliste.
(...) Les trente-cinq futurs spectateurs d'Aberrations du documentaliste, d'Ezéchiel Garcia-Romeu et François Tomsu, font antichambre avant de s'engager à nouveau dans une promenade qui s'achève dans une sorte de caverne à peine éclairée, où, derrière un grillage de tulle, on devine les rayonnages d'une bibliothèque, des chaises disposées face à une table.
On se tient coi. Dans le silence, le bruit obsédant d'une goutte d'eau. Au moment où on s'y attend le moins surgit la tête du fameux documentaliste (Jacques Fornier) d'un amas de tissus posé sur la table. Il pense réoudre l'énigme de la création du monde, et se lance dans un discours vite illogique, chaotique. Mais l'essentiel est ailleurs. De trappes secrètes creusées dans la table apparaissent des poupées spectrales, marionnettes de quelques centimètres drapées de tissus précieux, belles et énigmatiques. Ezéchiel Garcia-Romeu, qui nous a régalés il y a deux ans dans ce même musée d'un spectacle de cinq minutes singulier et attachant, La Méridienne, poursuit son travail sur la miniature. "Je suis fasciné par la miniature, dit-il. Je m'inspire de la sculpture romane, qui raconte la place de l'homme dans le monde. Nous sommes des miniatures par rapport à l'infini. Au théâtre, manipuler des miniatures, c'est obliger le spectateur à plus d'attention, à se projeter dans l'infime. Un frémissement de la marionnette, une lumière qui éclaire un bras et laisse dans l'ombre le reste du corps, tous ces gestes minuscules construisent un monde onirique."
Il manipule ces poupées avec François Tomsu, scénographe. "Nous tentons de circonscrire le vide", résume-t-il. Chaque apparition des poupées est brève. Elles glissent et disparaissent. Quand les lumières se rallument et que saluent les artistes, on est étonné de revenir sur terre. "Nous proposons une aventure qui doit toucher chaque spectateur différemment. A lui de construire son rêve." Les petites miniatures que nous sommes applaudissent, se lèvent, retroucent le soleil, la foule, le bruit.
A-t-on rêvé ?
Ces petites poupées n'ont pas fini de hanter nos songes.
Marion Thébaud
07/1999